Nous avons profité du changement horaire pour dormir une heure de plus et sommes partis déjeuner tranquillement sur la place centrale tandis que Logan faisait la grasse matinée. L’étape du jour étant très courte, nous n’étions pas pressés de prendre la route. Au café, le serveur s’est montré très correct puisqu’il nous a offert deux tranches de pizza, expliquant en français que le montant du déjeuner s’élevait à “5 euros à tête” et qu’avec nos croissants et cappuccinos nous en étions encore loin. Son collègue a tamponné avec enthousiasme nos crédenciales, puis nous sommes retournés préparer nos affaires et prendre Logan.
Nous avons dû marcher sur la route principale pendant une dizaine de minutes. En ce dimanche matin, il y avait heureusement peu de trafic. Un chemin s’enfonçait ensuite dans la forêt et montait de manière très directe au sommet d’une petite montagne. Toute la journée, nous avons emprunté de jolis sentiers dans les bois, les quittant de temps à autre pour traverser des champs ou des hameaux minuscules mais proprets et chaleureux, profitant de très belles vues sur les innombrables collines et montagnes qui nous entourent. Après quelques kilomètres, nous avons découvert notre destination du jour avec un certain effroi : une butte bien haute sur laquelle trône un fier château et son petit bourg. Il y a deux jours, quand nous avons réservé notre hébergement, nous avons hésité entre un B&B en plaine sur le chemin mais un peu éloigné des commerces et restaurants ou un B&B au pied du château, au cœur du bourg médiéval surplombant le village. Craignant de ne pas avoir le courage de monter visiter la forteresse si nous dormions en-bas et séduits par le charme de ce lieu historique, nous avions privilégié la chambre sur la colline. Nous n’avions cependant pas réalisé que ladite colline n’était pas une bête élévation mais un réel piton qu’il nous faudrait gravir, digne d’une illustration d’un conte pour enfants où un château lointain se dresse sur une très haute montagne. C’est certain, si nous avions dormi dans la vallée, jamais nous ne serions montés visiter cet endroit si pittoresque !
Nous avons donc eu en point de mire notre destination durant la majeure partie de l’étape, ce qui était à la fois motivant et décourageant, selon que nous envisagions la distance se réduisant ou l’ascension finale. Nous avons fait une pause devant une église sans toit, tenue par des armatures de métal et avions prévu de pique-niquer vers une seconde église dont le guide vantait les agréables extérieurs. Nous avons traversé un pont envahi par la végétation et à l’état inquiétant, croisé deux personnes qui nous ont salués et un ridicule chaton farouche qui faisait le gros dos devant Logan et ne souhaitait pas la laisser passer. Nous avons vu quelques fontaines, des lavoirs plus ou moins restaurés et lu les premiers panneaux retraçant la bataille de Paravento. Un sentier arpentait les lieux-clés de cet épisode de 1944 qui s’est soldé sur la mort tragique d’un jeune homme de la région, mais puisque notre chemin n’empruntait pas le même itinéraire nous n’avons découvert que l’organisation des bataillons italiens, la capture audacieuse de deux soldats allemands, la ruse accompagnant leur libération et finalement le sauvetage de civils pris en otage, ce qui constituait une magistrale victoire tant militaire que politique. Nous ne savons donc pas vraiment qui est mort, d’où venaient tous ces civils captifs ni ce qui s’est déroulé durant la bataille, mais c’était certainement épique.
Nous avons marché encore plusieurs kilomètres en quête de la jolie église où nous voulions dîner, pressentant au fur et à mesure que nous avancions que nous avions dû la manquer. Lorsque nous avons réalisé que nous n’étions plus qu’à quelques encablures de Frontone, nous nous sommes arrêtés sur un muret au bord de la route pour manger. En relisant la description du guide, nous ne comprenions pas comment nous avions pu rater l’église puisqu’un détour pour la voir n’était pas mentionné. Une fois au B&B, nous l’avons cherchée sur Internet et avons découvert qu’elle se trouve à quelques mètres du premier panneau de la bataille de Paravento, mais complètement invisible depuis la route puisque cachée derrière une épaisse rangée d’arbres…
Nous avons délaissé le tracé officiel au pied de la colline pour la gravir tranquillement. Un chemin pédestre s’aventurait dans les bois, mais nous avons préféré suivre la route qui annonçait déjà une pente de 15% plutôt que de suivre une ligne plus directe vers le sommet. Nous sommes arrivés au sommet sans difficulté, avec Logan qui rechignait néanmoins à avancer, et avons pris possession de notre jolie chambre. Après une longue douche et une lessive rapide, nous sommes ressortis faire le tour des deux charmantes ruelles médiévales, profitant d’une vue à 360 degrés sur la région sur les terrasses au sommet des remparts. Nous avons mangé une glace et bu un café dans un petit bar, puis sommes rentrés lire et écrire tandis que la nuit tombait. Nous allons maintenant aller boire un verre et manger, bien heureux qu’il y ait un restaurant au rez-de-chaussée et pas uniquement dans le village en plaine !