Bienvenue

Lors de notre arrivée à Fisterra en 2013 après trois mois de marche et plus de 2200 kilomètres, nous n'avions qu'une envie : ne jamais recommencer ! En tout cas, pas aussi long, pas aussi loin, pas à pied, plus jamais quoi... Les gens qui nous traitaient de fous avant notre départ trouvaient alors que nous avions retrouvé la raison et que nous étions à nouveau des êtres tout à fait respectables.

Nous voilà donc repartis pour trois mois de marche.

La raison a visiblement ses limites et l'envie d'arpenter le monde nous a vite repris une fois les bobos réparés... Ce petit pincement au cœur à chaque fois que nous voyions une cloque a finalement eu gain de cause ; il était temps pour nous de ressortir nos chaussures et sacs-à-dos !

Nous partons cette fois-ci en direction de Rome, en partant de Nuremberg, accompagnés de Logan, notre jeune femelle berger australien. Que les défenseurs des animaux ne s'offusquent pas : nous lui avons tout expliqué et elle est d'accord. Et puis elle sera fatiguée bien après nous, ça a de l'endurance ces bestioles !

Nous tiendrons un journal de bord tout au long de notre marche et le mettrons en ligne dès qu'une connexion Internet sera disponible. Cela nous permettra également de partager quelques photos de nos rencontres et des paysages traversés. Vous pouvez également nous suivre sur notre page Facebook.

Bonne lecture !

Derniers articles

Banlieues romaines

20.10.2016 Joëlle Galloni
Etape 79 : Campagnano di Roma (I) - La Storta (I)
24 km

C’est une nouvelle fois le brouillard qui nous a accueillis quand nous avons quitté le gîte. Nous avions regardé la météo lundi soir et les prévisions étaient excellentes sauf pour mardi. Il semble évident maintenant qu’elles étaient erronées… Le ciel est resté couvert toute la matinée et une pluie de ciboulette nous a accompagnés pendant plusieurs kilomètres, cette bruine qui ne mouille pas vraiment mais répand ses gouttelettes avec grand joie pour salir les lunettes, comme l’eau vaporisée sur les herbettes dans certains supermarchés. Pendant ce temps, nous suivions une route tranquille et sinueuse en forêt jusqu’à Formello. Comme la pluie est devenue plus intense alors que nous entrions dans le village, nous nous sommes réfugiés dans une église et y avons fait une pause. Lorsque nous sommes ressortis, le ciel s’éclaircissait et nous pouvions retirer nos K-ways.

Le chemin se divisait ensuite en deux options : le tracé officiel à gauche et une variante à droite. Dans le guide en anglais que nous possédons, l’auteure nous mettait en garde contre cette alternative soi-disant plus longue et fatigante dans des collines interminables. Un panneau à l’intersection indiquait qu’il y avait plusieurs sites archéologiques le long du parcours et que la variante était plus courte d’un kilomètre. Sans hésitation, nous avons bifurqué à droite. Et nous avons bien fait ! Le sentier commençait en forêt, puis longeait l’orée des bois, avec toujours des arbres d’un côté et des prés de l’autre. Il était délimité par des barrières en bois et était très bien entretenu et agréable sous la semelle, même usée. La rivière non loin chantait en contrebas et nous n’entendions ni voitures ni musique ni tronçonneuse ni aucun autre bruit laissant supposer une présence humaine. Les sites archéologiques mentionnés nous ont cependant un peu laissés sur notre faim. Notamment lorsque nous sommes arrivés devant un panneau expliquant qu’une immense nécropole de plus de 650 tombes avait été découverte là, avec beaucoup d’objets de valeur, et que face à nous se dressait une bête colline recouverte d’herbe. Pas la moindre aspérité qui aurait pu laisser penser qu’un caillou étrusque se trouvait là-dessous. Ils auraient en fait pu mettre le panneau n’importe où, ç’aurait été du même effet. Mais pour le coup, je dois avouer que les explications étaient très intéressantes et bien présentées, ce qui change de tous les panneaux incompréhensibles et lassants aperçus jusqu’à maintenant.

La fin approche

Nous avons décidé de manger un peu plus loin, assis sur nos sacs, afin de profiter du soleil que des nuages gris menaçaient sans cesse de masquer. Au final, nous sommes restés là plus d’une heure et avons pleinement profité de notre dernier pique-nique en plein air de ce voyage. Parce que oui, il s’agissait aujourd’hui de la dernière journée de marche “normale”. Demain, nous n’aurons que 17 kilomètres à parcourir et terminerons notre étape au Vatican en même temps que notre aventure. Aujourd’hui, c’est la dernière fois que nous étudions la liste des gîtes, que nous marchons pour nous y rendre, que nous sortons nos sacs à viande. Que nous allons nous coucher en sachant que demain nous repartons marcher. Quand nous irons au lit demain soir, nous nous trouverons dans un hôtel et le voyage sera déjà terminé. Ces pensées nous ont bien sûr accompagnés toute la journée. Même si je ne réalise pas que c’est presque fini, cela fait plusieurs jours que nous parlons du retour, de ce que nous ferons ensuite, que nous nous organisons pour aller chercher Logan et Farty McFadden (le chat). Aujourd’hui, ces conversations m’ont paru plus présentes encore et nous avons parlé aussi de l’ultime étape de demain. Tous deux, nous sommes heureux d’arriver. Cela fait trois mois que nous marchons vers Rome et atteindre notre but en pleine santé nous fait extrêmement plaisir. Nous regrettons un peu que Logan ne soit pas avec nous mais nous sommes soulagés de la savoir en forme en Suisse. Je ne crois pas qu’elle nous en voudra beaucoup de ne pas avoir vu les pigeons de la place Saint-Pierre… Mais bon, il reste encore une étape à parcourir avant de pouvoir crier victoire !

La Storta

Une poignée de kilomètres nous séparaient encore de La Storta après cette longue pause très appréciée. Nous avons suivi encore ce sentier alternatif ravissant, avant de nous retrouver face à un troupeau de moutons que le berger déplaçait. Quand nous nous sommes approchés, quatre gros chiens ont accouru vers nous en aboyant. Nous nous sommes aussitôt arrêtés et avons attendu que le berger les rappelle. Il les a sifflés mais aucun des chiens ne faisait demi-tour. Le berger nous a alors crié de passer et nous avons fait un pas en avant, juste assez pour que les chiens bondissent vers nous en nous montrant les crocs. Le berger nous faisait des grands gestes et répétait que nous pouvions passer. Non merci l’ami, je n’ai pas envie de me faire bouffer un mollet ! Surtout que maintenant ils sont bien affûtés après tous ces kilomètres, ce n’est pas pour les donner en pâture à des chiens ! Nous avons préféré attendre patiemment que le troupeau avance et que les chiens nous oublient, puis nous avons avancé gentiment pour garder nos distances. Quand notre chemin partait dans une direction opposée au troupeau, nous avons pu accélérer sans crainte.

Nous avons traversé une cascade bien plus impressionnante que les chutelettes d’hier, mais plus moche car l’eau était encombrée de déchets. Des sacs poubelle, des vélos, des appareils électroménagers… Cela m’attriste de constater que cette région est devenue une décharge à ciel ouvert !

Peu après, nous avons rejoint la route et le tracé principal qui mènent à La Storta. Il s’agit d’une banlieue de Rome très laide, dont l’unique fonction semble d’être traversée. Par chance, un trottoir était présent la plupart du temps et nous avons pu avancer en sécurité parmis ces centaines de véhicules pressés. Nous avons rapidement trouvé le couvent où nous logeons et une soeur nous a accueillis. Mary était déjà arrivée et nous sommes ressortis tous les trois vers 17 heures pour aller retirer de l’argent, puis trouver un bar avec du Wi-Fi. J’ai posté quelques articles et photos sur le blog et Mary a lu les résumés de certains étapes. Elle éclatait de rire en lisant des souvenirs communs. Pascal a lui bouquiné et s’est renseigné sur les actualités de l’AS Roma, puisque nous allons voir leur match dimanche soir. Au moins savoir qui fait partie du contingent et où ils se situent au classement.

Nous sommes ensuite allés tous les trois souper dans une pizzeria un peu plus loin. Les pizzas n’étaient pas incroyables et la pâte avait un goût de vin, mais malgré tout nous avons passé une belle dernière soirée. Aucun de nous ne réalise vraiment que demain ce sera fini et en même temps nous avons beaucoup parlé d’après le voyage, de ce que nous ressentions, etc. Nous avons décidé de marcher ensemble demain. Cela rassure Mary de ne pas être seule pour les premiers kilomètres annoncés comme dangereux car le long d’une grosse route et je crois que ça lui fera plaisir de ne pas arriver toute seule à Saint-Pierre. Je ne sais pas encore si cela me conviendra. Marcher avec elle ne représente aucun problème, au contraire, mais je ne sais pas si je préférerai arriver juste avec Pascal au Vatican. Je verrai demain sur le moment mais j’imagine que ce sera tout aussi beau de finir les trois ensemble. Après cette belle soirée, Mary a insisté pour nous inviter et nous sommes retournés au gîte. J’ai appelé Giacomo pour prendre des nouvelles de Marco et lui et tout va bien de leur côté. Pourvu que cela continue ainsi et qu’ils arrivent sans encombre samedi !

Le mont dans la cuvette

19.10.2016 Joëlle Galloni
Etape 78 : Sutri (I) - Campagnano di Roma (I)
25 km

Nous avons éteint le réveil quand il a sonné à 7h15 et avons décidé de faire la grasse matinée. Il ne nous reste que quelques jours de marche, pourquoi se presser ? Mary était déjà loin quand nous nous sommes levés et elle nous avait laissé un gentil petit mot dans la cuisine. Nous avons pris le temps de préparer un bon déjeuner, avec des oeufs à la coque, des joghurts et des tartines, du chocolat froid et du jus de fruits. Cela nous a vraiment fait plaisir pour une fois de ne pas manger un croissant hyper sucré à la confiture ou au chocolat !

Nous avons quitté le gîte peu avant 9 heures et avons fait la moue en réalisant qu’un épais brouillard enveloppait la ville. Il ne pleuvait heureusement pas mais l’air était froid et humide. Nous avons traversé un parc dans lequel se trouve un amphithéâtre impressionnant en tuf. Il a été sculpté à même la roche il y a près de 2000 ans et, d’après ce que nous avons pu en apercevoir, reste bien conservé. Nous avons été très étonnés en voyant ce monument, puisque d’habitude nous ratons de façon inexplicable tous les points d’intérêt.

Le chemin jusqu’à Monterosi s’est révélé ennuyeux, puisque nous avancions au début au milieu de noisetiers, puis dans des oliveraies. Le brouillard demeurait épais, rendant la route encore plus monotone. Nous avons dépassé un couple de pèlerins inconnus peu avant le village, sans doute des Italiens, mais nous ne les avons pas revus ensuite et ils ne dorment pas au même endroit que nous. A part cela, il ne s’est vraiment rien passé. Et vous conviendrez que cette rencontre ne représente pas la plus folle et haletante des péripéties…

Monte Gelato

Bref, nous sommes arrivés à Monterosi à l'instant où le ciel devenait bleu, des nuages masquant néanmoins toujours le soleil par moments. Nous avons ensuite marché dans la campagne le reste de la journée, apercevant de temps en temps des troupeaux de moutons heureux et apaisés, qui bêlaient comme des idiots pour nous souhaiter bonne route. L’apogée de la journée se trouvait au Monte Gelato, où un vieux moulin a été construit au bord de cascades. Nous, ce qui nous amusait surtout, c’était d’aller au Monte Gelato (Mont Gelé, mais “gelato” veut aussi dire “glace”). Cela aurait pu représenter le but absolu de notre voyage et nous aurions pu y manger une ultime glace avant de rentrer au pays. Mais bon, quand nous avons réalisé qu’il n’y a pas de gelateria au Monte Gelato, tout l’intérêt du lieu s’est aussitôt évaporé. L’autre chose qui nous faisait rire, c’est que ce supposé mont se situe dans une cuvette et représentait le point le plus bas de toute l’étape. Ce n’est en fait pas du tout un mont, pas même un monticule, ni même une buttelette. C’est un trou. Et il n’est pas du tout gelé. Donc pour résumer, le Mont Gelé n’est pas un mont, n’est pas gelé et n’a pas de gelateria. Il y a intérêt alors que les cascades égalent celles du Niagara ou au moins la Pisse-Vache, nous sommes-nous dit, et que le moulin soit le plus mignon du monde avec une grande roue qui tourne hardiment dans l’eau ! Et bien non. Pas du tout. Les cascades sont en fait de bêtes petites chutes d’eau d’un ou deux mètres et le moulin n’est plus qu’une grande maison en pierres bâtie entre deux bras de la rivière, sans roue et fermée au public. Attention, je ne dis pas que c’était vilain ! Au contraire, l’endroit est tout à fait charmant et en été il doit être agréable de tremper les pieds dans l’eau. Mais quand le site est annoncé comme L’attraction (avec un grand L) de toute la région, il y a de quoi être déçu !

Campagnano di Roma

Nous avons mangé un peu plus loin, assis par terre car il fallait payer dix euros pour utiliser l’aire de pique-nique du Monte Gelato. Ensuite, nous avons parcouru les quelques kilomètres qui nous séparaient de Campagnano di Roma, traversant des forêts où la couleur automnale poignait (le verbe poindre ne se conjugue qu’à la troisième personne du singulier, donc je ne pouvais pas écrire “les couleurs automnales poignaient”... Mais c’est bien cela que je voulais dire, sinon ça n’a aucun sens. Saleté de langue française !) Tout en faisant des jeux pour rendre la promenade plus stimulante, nous avons atteint la ville et avons fait plusieurs allers-retours avant de trouver des indications sur l’emplacement du gîte. Celui-ci se trouve en dehors de l’itinéraire de la Via Francigena et loin du centre. Nous avons acheté un joghurt glacé et nous sommes rendus au gîte. Mary était déjà arrivée et c’est elle qui nous a accueillis car le responsable s’était absenté. Le gîte se trouve au dernier étage du centre paroissial et a été entièrement rénové. C’est très joli et propre, avec des pièces aux plafonds très hauts. Les salles de bains sont modernes et bien équipées et il y a de la place pour une cinquantaine de pèlerins. J’imagine que aussi près de Rome les marcheurs doivent être nombreux en été ! Nous sommes pour notre part juste les trois et cela nous convient parfaitement.

Nous avons été au bar juste en face du gîte pour boire un verre, puis Mary nous y a rejoints et nous avons soupé ensemble. Le bar propose un menu très bon marché pour les pèlerins et nous avons bien mangé et rigolé. Cela fait bizarre de penser qu’il s’agit déjà de notre avant-dernière soirée ! C’est fou de réaliser que demain sera notre dernier jour de marche normal, puisque vendredi nous arriverons à Rome. D’un côté, j’aimerais déjà y être et je pense que l’étape de demain va paraître longue, et d’un autre, je n’ai pas envie que cela s’arrête. Rentrer me fait plaisir tout autant que cela m’effraie. Après trois mois hors du temps et loin du monde, je n’ai pas envie que notre bulle éclate et en même temps je me réjouis de retrouver ma vie normale. Mary aussi ressent les effets de la proximité de Rome. Elle se sent fatiguée depuis quelques jours et a hâte d’arriver et rentrer chez elle. Sa fille, qui a parcouru les premières étapes en Angleterre avec elle, arrivera vendredi soir à Rome pour la retrouver et la féliciter.

Des nouvelles des copains

J’ai appelé Giacomo une fois de retour au gîte pour prendre des nouvelles de nos amis. Gemma a pu marcher aujourd’hui et il pense qu’elle va réussir à serrer les dents jusqu’à Rome. Marco et lui vont bien et Giacomo se réjouit d’arriver à Rome samedi et faire la fête toute la nuit pour fêter son anniversaire qui est dimanche. Il m’a demandé ensuite comment étaient les cascades du Monte Gelato, car son guide indique qu’elles sont magnifiques et spectaculaires. Je crois avoir anéanti ses attentes en lui expliquant qu’il s’agit de petites chutes d’eau de deux mètres… Il m’a également demandé si le lac de Monterosi était beau et je suis restée très perplexe. Avec le brouillard, nous n’avons même pas entrevu le grand lac en contrebas du village ! J’espère donc qu’il est magnifique et qu’il compensera les piètres cascades aux yeux de Giacomo.

Dans les noisetiers

18.10.2016 Joëlle Galloni
Etape 77 : Vetralla (I) - Sutri (I)
25 km

C’est avec empressement que nous avons quitté le gîte paroissial, et l’impression d’avoir fumé deux paquets de cigarettes pendant la nuit. Il me semble que mes habits, mon sac de couchage, mes cheveux, tout est imprégné de cette odeur rance de cendre froide. Nous sommes partis rapidement pour ne croiser personne et avons traversé une nouvelle fois ce village toujours aussi mort. Après avoir acheté un croissant dans le même bar où nous étions hier après-midi, nous avons parcouru la rue principale où se tenait le marché hebdomadaire. Nous avons encore acheté un litre de lait pour faire du chocolat froid et avons définitivement quitté Vetralla. Définitivement, car il s’agit bien d’un des derniers endroits au monde où nous souhaitons revenir.

Après la ville, la forêt. De larges chemins ont été dessinés dans cette forêt de chênes et de châtaigniers et plusieurs personnes se promenaient là ou cueillaient des champignons. Les sentiers en terre étaient très agréables après le goudron des derniers jours et l’air frais semblait purifier un peu nos poumons enfumés. Malheureusement, le ciel était couvert et le soleil ne parvenait pas à projeter ses rayons jusqu’à nos visages angéliques. Nous avons ensuite rejoint une petite route, puis des vergers de noisetiers. Les ruines d’un vieux monastère ont constitué l’unique “événement” de la matinée mais comme de gros chiens erraient autour nous n’avons pas pris le temps de les admirer. Bon, il s’agissait uniquement de quelques bouts de tours entourés par les arbres à Nutella, dans la brume et sous la pluie, donc je pense que la visite aurait été relativement brève de toute façon…

Nous avons fait une petite pause en bord de route, assis sur nos sacs, et avons mangé des mandarines. Manger des mandarines, c’est accepter l’hiver. J’avais déjà trouvé dur la première fois que nous avions acheté du raisin, symbole de l’automne. C’est comme la première soupe à la courge, la première brisolée, la première chasse, le premier papet… C’est la fin de l’été, des pêches, des fraises, des melons, des salades tomates-mozzarella. C’est la fin de la vie, quoi. Alors les mandarines, les oranges, les pains d’épices et les soupes, c’est bon mais c’est la fin du monde. Dur d’accepter que nous sommes partis avec les framboises et les abricots, des températures de plus de 30 degrés et que nous allons rentrer pour voir des vignes rouges et enfiler nos vestes. La prochaine fois, il faudra que nous partions plus longtemps !

Capranica

Il pleuvait quand nous sommes arrivés à Capranica et, à moins de trouver une église où nous réfugier, nous avons décidé de chercher un bar pour dîner. Notre pique-nique pouvait être gardé pour ce soir ou demain. Nous avons aperçu quelques petits établissements avant le centre et avons décidé de tenter notre chance plus loin. Grosse erreur : il n’y avait plus rien du tout une fois les murailles franchies ! Nous savons pourtant qu’il faut toujours choisir la première opportunité car nous ignorons ce que la suite nous réserve, mais nous avions bêtement pensé qu’il y aurait un bar parmi les commerces du centre historique. Nous avons ainsi traversé tout le village et, une fois à la sortie, avons décidé de quitter la Via Francigena pour nous rendre à un petit bar en contrebas des remparts, aperçu depuis les hauteurs. Nous y avons mangé des sandwiches et avons profité d’utiliser les toilettes. Nos espoirs pour que la pluie cesse durant cette trêve sont restés insatisfaits et nous avons repris la route avec nos K-ways, bien emballés.

Alors que je me retournais dans une montée après le village pour voir de quoi il avait l’air, j’ai aperçu une pèlerine avec un gros sac orange fluo une vingtaine de mètres derrière nous. Immédiatement, nous avons reconnu Mary. Elle a fait des étapes différentes du tracé officiel, ne passant pas par Vetralla, afin de faire une étape en moins entre Montefiascone et Sutri. Nous l’avons attendue au sommet de la montée et avons marché ensemble les quelques kilomètres dans la forêt qui nous séparaient de Sutri. Lors de journées comme celle-ci, où il pleut et qu’il n’y a pas grand chose à voir, il s’avère d’autant plus agréable de marcher et papoter avec d’autres pèlerins. Pour Mary, qui marche seule, le temps doit sembler passer encore plus lentement que pour nous qui trouvons facilement des sujets de discussion ou des jeux.

Cette promenade dans les bois s’est révélée très plaisante. Nous longions un petit ruisseau que nous traversions de temps à autre sur des ponts glissants constitués de quelques troncs. La mousse était épaisse sur les rochers et des fleurs violettes illuminaient le sous-bois.

Sutri

Nous avons atteint Sutri directement après avoir quitté cette forêt. Le village a été construit sur une colline de tuf, dont la base façonnée il y a plusieurs siècles forme un rempart sur lequel reposent des maisons ancestrales. Nous avons rejoint le centre du village et une femme à sa fenêtre nous a demandé si nous cherchions un logement. Nous avons répondu par l’affirmative, pensant qu’il s’agissait du couvent que nous cherchions. Après avoir lu le nom sur la porte, nous avons compris que ce n’était pas le cas et nous avons demandé notre chemin à plusieurs personnes. Après une dizaine de minutes, nous avons sonné chez les soeurs et l’un d’elles nous a indiqué qu’aujourd’hui nous ne pouvions pas être hébergés… Pas d’autres précisions. Un second couvent se trouvait sur la liste des hébergements mais il est situé à quelques kilomètres de la ville, aussi avons-nous décidé de revenir sur nos pas et aller sonner chez la dame à la fenêtre. Celle-ci devait ricaner de nous voir à nouveau là alors que nous avions ignoré un quart d’heure la porte qu’elle nous ouvrait… Elle a cependant juste demandé avec un sourire : “C’était fermé chez les soeurs hein ?” Sous-entendu : “Je vous avais dit de venir ici, pauvres crétins…” Elle nous a conduits à une sorte de petit appartement. Nous avons une chambre double avec salle de bains privative et Mary dort dans une minuscule chambrette et utilise la deuxième salle de bains. Une cuisine bien équipée est également présente et un déjeuner varié y est proposé.

Pascal et moi sommes ressortis pour faire des emplettes, manger une glace et visiter un peu. Nous nous sommes tout de suite rendus à l’office du tourisme pour obtenir un tampon sur nos crédenciales et avons demandé au tourismier où nous pouvions acheter à manger.

- “Il y a un Conad à deux kilomètres, dehors de la ville.

- Où ça ?

- Faut aller à gauche en sortant.”

Merci charmant monsieur pour ces précisions si généreusement dispensées… Deux kilomètres, c’était un peu loin pour acheter des spaghetti et nous étions certains de pouvoir en trouver plus près. Nous avons donc ignoré ses indications, pas suffisamment claires de toute façon pour nous mener au supermarché, et avons trouvé un petit commerce d’alimentation vingt mètres plus loin… Notre balade nous a ensuite conduits à l’église, dont le sol en mosaïques et les fresques se sont révélées particulièrement colorées et lumineuses. Une grande crypte se situait sous le choeur mais il fallait payer pour l’éclairer. Nous avons préféré la découvrir avec le maigre faisceau de la lampe de notre natel et cela a apporté une ambiance de film d’horreur tout à fait inattendue et bienvenue. Notre visite de la ville s’est achevée là, puisque les autres monuments de Sutri, notamment un amphithéâtre et une église gravés à même le tuf, se situent en dehors des remparts.

Comme le prix de la chambre dépasse largement le budget que nous accordons d’habitude aux gîtes, nous avons décidé de cuisiner là ce soir avec Mary au lieu d’aller au restaurant. Pascal s’est occupé du repas et a préparé d’excellents spaghetti tomate-thon.

Cela fait maintenant plusieurs jours que nous côtoyons Mary et nous en apprenons toujours un peu plus sur elle. Elle nous a expliqué avoir été enseignante, journaliste, avoir écrit des livres puis s’être spécialisée dans l’intégration de personnes ayant des problèmes de santé dans des programmes d’éducation physique. Cela se voit qu’elle est très cultivée et qu’elle s’intéresse à beaucoup de domaines. C’est une hyperactive qui a besoin de bouger, marcher, être dans la nature et vivre sainement. Son rythme de vie lui réussit d’ailleurs visiblement bien puisqu’elle paraît au moins dix ans de moins que son âge. A un an de la septantaine, peu de personnes sont capables de parcourir plus de 2000 kilomètres à pied à travers l’Europe, avec un gros sac sur le dos et contre les facéties de la météo ! Elle tient d’ailleurs aussi un blog de son voyage, en anglais par contre : http://quovadis-walkingtorome.uk.

Des nouvelles des copains

J’ai appelé Marco dans la soirée et il m’a indiqué qu’ils ont tous trouvé l’étape terriblement ennuyante. Suite à mes avertissements sur le gîte paroissial, ils ont choisi d’aller dans un couvent et en sont très satisfaits. Ils ont aussi trouvé que Vetralla est une ville particulièrement désolante et morte. Marco m’a ensuite dit que Gemma s’est fait mal à un pied et qu’elle n’est pas sûre de pouvoir continuer. Apparemment, il s’agirait plutôt d’une tendinite ou d’une fracture de fatigue puisqu’elle n’a subi aucun traumatisme. Ce serait vraiment triste qu’elle doive s’arrêter si proche du but et j’espère qu’elle pourra poursuivre l’aventure !