Puisque l’étape du jour était très courte, nous avons choisi de prendre le bus pour retourner à Rocca Sinibalda même s’il n’y arrivait que vers 11h15. Une fois sur place, nous avons commencé par boire un café. Rien de mieux que de débuter la journée par une pause !
Nous avons ensuite marché sur une petite route tranquille avant de pénétrer dans une très belle forêt, suivant un ancien chemin de transhumance. Les murets en pierre recouverts de mousse qui bordaient le sentier, les feuilles d’un vert tendre des arbres et les chants des nombreux oiseaux conféraient à ces bois un aspect enchanteur. La piste était certes un peu hasardeuse avec ses cailloux glissants et sa pente parfois raide, mais la magie des lieux surpassait de loin le risque de se tordre une cheville. Nous avons de plus eu la chance d’observer un joli renard qui, pour nous fuir, courait sottement sur le chemin devant nous au lieu de plonger dans les bois. Nous avons pu retenir Logan juste à temps. Elle est devenue complètement folle et il lui a fallu plusieurs minutes après le départ du renard pour se calmer.
A Posticciola, nous avons été ravis de découvrir que le village est un vrai musée à ciel ouvert. Chaque grille ou plaque métallique est joliment peinte, les façades sont décorées, des outils anciens sont exposés, les balcons sont fleuris et même certaines poubelles sont ornées de dessins. Les pavés des ruelles sont dans un état impeccable, de nombreux bancs sont à la disposition des passants et de jolies petites places ont été aménagées. C’est charmant ! Nous avons traversé le village avec plaisir et avons décidé de manger sur une aire de pique-nique quelques centaines de mètres plus loin et plus bas, face à un romantique pont roman. Un marcheur à l’air allemand est passé alors que nous mangions. Nous l’avions déjà aperçu il y a quelques jours, aussi savions-nous qu’il parcourait le même chemin que nous. Lorsque nous l’avons vu s’engager dans la mauvaise direction, nous lui avons signalé son erreur et j’en ai profité pour lui demander d’où il venait. “Deutschland, Frankfurt.” Pas de surprise. Notre détecteur de pèlerins allemands fonctionne toujours aussi bien ! Il n’avait pas du tout l’air de vouloir parler et a continué sur la bonne route sans une autre parole. Nous l’avons appelé Manfred, ça lui va comme un gant.
Le ciel s’est peu à peu assombri et nous avons décidé de ne pas nous attarder. Nous avons longé la rivière jusqu’à atteindre le pied d’un grand barrage où nous avons retrouvé Manfred, qui marche terriblement lentement. Il avait l’air emprunté quant à la direction à suivre et nous a interrogés du regard, sans toutefois desserrer les mâchoires. Il semblait plutôt évident qu’en continuant tout droit nous allions percuter un très grand mur, qu’il y avait une rivière à gauche et que si nous revenions en arrière, et bien nous reviendrions en arrière. La solution se trouvait donc logiquement à droite. Notre perspicacité a été confirmée par quelques balises qui signalaient une petite piste remontant parmi les arbres sur notre droite. J’ai indiqué dans mon meilleur allemand : “Ah ! ça monte par là !” et nous nous sommes engagés d’un pas leste sur cette montée plutôt abrupte, laissant Manfred pantois au pied du barrage.
Au sommet, nous avons découvert le très beau lac artificiel de Turano et ses eaux turquoises. Nous avons traversé le barrage et avons ensuite suivi les contours du lac sur une route fermée aux voitures jusqu’à Castel di Tora. Logan nous a fait une petite frayeur en voulant boire dans une fontaine où se reposait paisiblement un serpent. Celui-ci s’est heureusement enfui au moment où Logan sautait sur le rebord de la fontaine, glissant à quelques centimètres de son museau innocent. Il s’agissait sans doute d’une couleuvre, mais nous n’avons pas cherché à le confirmer et avons vite demandé à Logan de descendre.
Castel di Tora fait partie des plus beaux villages d’Italie. Il est en effet pittoresque, avec ses ruelles aux pavés qui forment des mosaïques et ses jolies maisons. Mais il offre surtout de belles vues sur le Turano et les montagnes qui l’entourent.