Journée sans sel

La météo n’était pas des plus réjouissantes ce matin, avec de fortes précipitations et des orages annoncés dès 9 heures. Nous avons donc avancé le réveil pour partir tôt, soit à 7h30 (oui, c’est tôt). Nous avons également décidé d’adapter l’étape pour la réduire d’une heure environ. Une voie pour les vélos empruntait une petite route tandis que le sentier pédestre franchissait une colline. En suivant l’itinéraire cycliste, nous avons ainsi enlevé plus de trois kilomètres et 150 mètres de dénivelé. Nous restions également sur la route, moins humide et plus rapide sous la semelle. Puisque le tracé officiel ne menait à aucun lieu d’intérêt ni village et qu’une brume épaisse masquait les paysages, nous savions de plus que notre variante ne serait pas moins intéressante et nous laisserait plus de temps pour visiter Gubbio.

Les trois moments-clés de la journée

Le grand moment de cette matinée a sans conteste été l’apparition de Dame Faisane au beau milieu de la route, qui faisait traverser ses petits l’un après l’autre. Nous sommes passés en vitesse pour ne pas stresser la famille, d’autant plus que Logan semblait terriblement attirée par ces grassouillets petits faisandeaux.

Le second moment d’intérêt de cette matinée a été le bar du village de Mocaiana, qui n’est pas une plage brésilienne contrairement à ce qu’on pourrait imaginer. Nous avons bu notre habituel cappuccino sur la terrasse et devions être les seules personnes à 50 mètres à la ronde âgées de moins de 140 ans avant que deux enfants ne viennent acheter des chips. Le café était immonde, du moins pour nos palais qui n’apprécient pas cet arôme, et nous nous sommes demandé pourquoi diantre nous avions décidé de faire une pause cappuccino tous les matins alors que nous n’aimons pas ça. Mais bon, il faut bien honorer les traditions !

Tout le reste de l’étape alors que nous avions rejoint le tracé officiel a constitué le pire moment de la journée : une route aussi plate qu’interminable, sans trottoir malgré sa fréquentation plutôt élevée. Je ne peux pas exclure que ma mère lise un jour ces lignes, sinon j’aurais écrit que c’était chiant à mourir. Disons plutôt que c’était fort rébarbatif ! Comme en plus les orages promis ne sont jamais arrivés et que le soleil a pointé ses rayons exactement au moment où nous étions complètement à découvert, Logan souffrait de la chaleur et n’avançait plus. (Certes, en réalité nous étions heureux de ne pas avoir eu à subir la colère de Zeus mais tout de même, les nuages auraient pu maintenir une température agréable !)

Gubbio

La pluie a commencé à tomber alors que nous nous trouvions à 200 mètres du centre de Gubbio. Nous nous sommes félicités d’avoir raccourci l’étape et nous sommes empressés de trouver notre hébergement.

Nous avions déduit que Gubbio serait une ville assez grande avec de jolis monuments en observant la carte et la petite photo du guide, mais nous n’étions pas préparés à nous retrouver dans une cité médiévale absolument époustouflante ! Des églises et des palais dépassent des habitations en pierre claire au charme absolu, les ruelles tortueuses sont toutes plus ravissantes les unes que les autres et un théâtre romain vient clore le spectacle. On se croirait dans un film fantastique où tout est source d’émerveillement.

Une fois douchés et changés, nous avons déambulé dans les rues, visitant plusieurs églises et longeant les parois pour nous protéger de la pluie. Nous avions décidé de louer un petit appartement ce soir pour pouvoir cuisiner car nous en avons un peu marre de manger au restaurant ou dans les gîtes. Nous avons donc fait quelques emplettes en demandant à chaque commerçant l’adresse du suivant : le fromager nous a conseillé un maraîcher qui nous a indiqué où trouver un boulanger. De retour à l’appartement, nous avons préparé une bonne salade et avons tenté de rendre le pain comestible.

Le pain

Il me faut consacrer un paragraphe au pain. Les Toscans ont une curieuse lubie de faire du pain sans sel et nous espérions qu’en arrivant en Ombrie cette aberration serait vite oubliée. Que nenni ! Les boulangers de la région préparent les mêmes pains insipides qui nous procurent autant de joie que d’avaler du carton. Incompréhension totale ! Il s’agit donc de pains blancs compacts sans goût ni intérêt, qui nous donnent envie de pleurer. Une tartine avec ce pain est un instant de tristesse puisqu’on mâche une masse indéfinissable rendue grasse par le beurre et que sur le palais se dépose le sucré de la confiture. Autant manger la confiture seule plutôt que la mélanger à du plâtre…

Ce soir, nous avons réussi à améliorer ce pain, que dis-je, nous l’avons magnifié ! Nous avons découpé des petits carrés que nous avons fait revenir dans une poêle avec de l’huile d’olive, du beurre (il n’y avait pas assez d’huile) et …du sel ! Oui, en d’autres termes nous avons fait des croûtons. Et curieusement, en ajoutant l’ingrédient oublié au départ cela devient bon et goûtu…